Inspiration Japon : histoires du papier et de l’origami

Le fait de m’intéresser au papier m’a amené à vouloir découvrir le Japon.

L’origine du papier

Les Chinois ont inventé le papier au IIe s. av. JC puis Caï Lun, haut fonctionnaire de la cour impériale chinoise, a amélioré la recette en 105 ap. JC.

Il faut attendre 610 pour que le prêtre physicien Tam-Chi (Donchô en japonais), natif de Corée, introduise la technique de fabrication du papier au Japon. Le prince régent Shotoku trouva le papier chinois trop fragile et cassant. Il entreprit d’en améliorer la texture. Dès ce moment, le papier japonais, caractérisé par sa solidité et son élégance, s’affirma plus performant que son modèle chinois.

L’origine de l’origami

Une particularité du papier par rapport aux précédents supports pour l’écriture est qu’on peut le plier, conserver sa pliure et le rouvrir puis le replier à nouveau de nombreuses fois. Cette caractéristique est bien sûr déterminante pour le développement de l’origami, de ori qui signifie plier et de kami qui signifie papier.

Jusqu’à la période Heian (794-1185), seuls des moines fabriquent et utilisent du papier. Les premiers modèles de pliage n’étaient donc que des figures abstraites à la signification symbolique et rituelle.

Puis, les membres de la noblesse rejoignent les religieux. Les modèles les plus abstraits, utilisés à des fins religieuses, s’accompagnèrent de figures représentant des animaux, des insectes, des fleurs et autres formes naturelles. C’est à cette période que naquit le modèle certainement le plus connu aujourd’hui : la grue (tsuru en japonais), symbole international de l’origami.

La grue en origami, un pliage très symbolique

Au Japon, la grue a toujours bénéficié d’une très haute considération et elle est l’héroïne de nombreux récits et légendes. Selon la plus ancienne de toutes, cet oiseau vivrait mille ans. Par conséquent, offrir une grue est pour les Japonais un souhait de longévité et de bonheur.

Une légende ressuscitée

Depuis la dernière guerre mondiale, la grue est devenue aussi une image de paix. L’histoire vient d’une petite victime des radiations atomiques de Hiroshima, Sadako Sasaki.

Plaquette du livre : Les mille oiseaux d'hiroshima

Une enfant victime de la bombe atomique d’Hiroshima

Elle a 2 ans lorsque la bombe atomique explose au-dessus d’Hiroshima le 6 août 1945. Jusqu’à ses 11 ans, elle ne semble pas avoir été touchée par les irradiations. Elle est bonne élève et surtout aime courir et espère pouvoir entrer dans l’équipe du collège. A l’automne 1954, elle ressent ses premiers malaises après avoir gagné une course de relais. Elle n’en dit rien à personne. Mais en février 1955, elle s’effondre dans la cour de récréation. Ses parents l’emmènent à l’hôpital où les médecins lui diagnostiquent une leucémie, « la maladie de la bombe ».

De l’espoir à travers une légende

Sa meilleure amie Chizuko lui apporte une grue dorée en origami et lui rappelle la légende des mille grues : les grues sont supposées vivre mille ans et si une personne malade en plie mille, les dieux exauceront ses vœux et lui rendront la santé. Ce premier jour, Chizuko montre à Sadako comment plier une grue. A partir de ce moment, Sadako pliera des grues de toutes les tailles avec les papiers que sa famille, ses amies et les infirmières lui fournissent. A cinq cents grues, elle se sent beaucoup mieux et les médecins l’autorisent à rentrer chez elle. Mais une semaine plus tard, elle retourne à l’hôpital très affaiblie. Elle décède le 25 octobre 1955 après avoir plié 644 grues. Ces camarades de classe plient les 356 grues manquantes pour que Sadako soit enterrée avec un millier d’oiseaux.

Le besoin de transmettre un message de paix

Les amis de Sadako rêvaient de bâtir un monument pour la fillette et pour tous les enfants tués par la bombe atomique. A travers tout le pays, des jeunes les ont aidés à recueillir des fonds pour ce projet. Et leur rêve s’est finalement réalisé. En 1958, une statue a été inaugurée dans le parc de la Paix d’Hiroshima. Elle représente Sadako, debout au sommet d’une montagne céleste en granite. Elle tient dans ses mains tendues une grue en or.

Monument de la paix des enfants – 1
Monument de la paix des enfants – 2

Tous les ans, pour le 6 août, jour de la Paix, des enfants du monde entier plient des grues et les envoient à Hiroshima. Un souhait est inscrit sur le socle de la statut :

Voici notre cri,

Voici notre prière

Pour construire la paix dans le monde.

Une légende qui m’inspire

Cette histoire de la petite Sadako avec cette légende des mille grues me touche énormément. J’aime la transposer sous forme de défi collectif. Il consiste à plier le plus possible de grues (si possible mille !) en origami en un temps donné avec la participation du plus grand nombre de personnes possibles.

Je propose ce défi sur des événements au profit d’associations caritatives. Mais je peux aussi l’animer sous forme d’un grand moment de cohésion d’équipe avec en pensée sous-jacente le souhait de la pérennité de l’entreprise ou du succès d’un projet.

grue en origami
crédit photo : Emilie Marmion

Sources :

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