Les masques vénitiens, en papier mâché… de laine

Les masques vénitiens traditionnellement en papier mâché

Lorsque j’ai commencé à me documenter pour rédiger cette série d’articles sur les masques de carnaval, je ne m’étais pas arrêtée sur un carnaval en particulier. Je pensais même en parler de plusieurs. Puis je suis tombée sur l’information comme quoi les masques vénitiens sont traditionnellement fabriqués en papier mâché. Papier mâché ? Mais c’est la technique que je pratique ! J’ai donc décidé d’approfondir mes recherches sur le carnaval de Venise et ses masques. C’est ainsi que j’en suis à mon cinquième article.

Des masques en papier mâché… de laine !

En cherchant des informations sur la technique de papier mâché pratiquée par les mascareri (les fabricants de masques), j’ai trouvé toutes les étapes clairement expliquées par le plus ancien atelier de masques de Venise : Ca’macana. Et là, le papier utilisé m’a intriguée : du papier de laine ! Mais en fait, rien d’étonnant. Il faut juste se rappeler comment on fabriquait le papier au XIIIe siècle, lorsque les masques apparaissent à Venise.

Le papier, une matière liée au recyclage depuis son origine

Inventé par les Chinois au IIe siècle av.JC, le papier arrive tardivement en Europe par l’intermédiaire du monde musulman qui s’étend alors jusqu’en Espagne, puis il arrive en Sicile et enfin en Italie, à Fabriano, en 1276. J’avais noté dans mon premier article sur le carnaval de Venise que le port du masque apparaît en 1268. Soit les masques n’étaient alors pas encore en papier mâché, soit le papier n’était pas encore fabriqué en Italie. Mais quelle que soit sa provenance, on fabriquait alors le papier à partir de tissus usagés. Sa fabrication était une forme de recyclage ! Et comment étaient fabriqués les tissus à l’époque ? En lin, en coton… ou en laine. D’où le papier de laine.

La particularité de ce papier est d’être légèrement fibreux, très résistant mais souple même sec. Il absorbe très bien la colle et résiste au craquèlement au séchage. Il est facile à poncer et enduire et a une bonne tenue dans le temps. Il est donc particulièrement adapté à la formation de volume, à la création de masque.

Le papier, une matière noble ou de consommation courante ?

Du XIIIe jusqu’au XIXe siècle, le papier était considéré comme une matière noble, importante, ce qui donnait d’autant plus de valeur aux chiffons, leurs matières premières secondaires. Je vis dans la région d’origine de Mandrin, un contrebandier… de chiffons, entre autres ! Et oui, plus la demande en papier augmentait, plus celle des chiffons aussi. Cela attisait automatiquement les convoitises.

Aujourd’hui, le papier est vu comme une matière de consommation courante, dont la matière première, le bois, est facilement accessible, considérée comme renouvelable. Cela le rend d’autant plus jetable. Mais cela vient aussi du fait que la qualité de notre papier industriel chimique est bien moindre que celui des papiers artisanaux encore fabriqués aujourd’hui à partir de fibres végétales comme le coton ou animales comme la laine.

Ma propre expérience du papier… de coton !

Juste avant les vacances de Noël, une artisane en impression typographique, Marion Tharcis, m’a offert ses chutes de papier coton qu’elles n’arrivaient pas à jeter. Lorsque j’ai commencé à les recycler, j’ai compris pourquoi. Lorsque je mixe ce papier, que je libère les fibres, j’ai l’impression de voir se déployer la fleur de coton d’origine. Et la qualité du papier produit n’a rien à voir avec celui que j’obtiens lorsque je recycle du papier d’imprimante et encore moins du papier journal, qui est déjà du papier recyclé.

J’ai commencé à produire des feuilles de papier recyclé à partir de ces chutes de papier coton. Sur la fin de la bassine, il reste trop peu de pâte à papier pour créer des feuilles utilisables pour l’écriture. En général, je récupère cette pâte pour créer des reliefs sur mes masques en papier mâché. Mais cette fois-ci, j’ai eu envie de l’utiliser autrement. J’ai quand même formé des feuilles que j’ai ensuite directement appliquées sur les moules que j’utilise pour créer mes masques. J’en ai superposé trois sans ajouter de colle, en m’appliquant à bien suivre les formes du visage. Puis j’ai laissé sécher. Voici le résultat !

masque en papier coton recyclé

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