Ce mardi 17 février 2026, nous fêtons Mardi Gras. Comme l’indique son nom, Mardi gras est le dernier jour où les chrétiens peuvent manger « gras » : des viandes, des beignet, des crêpes et des bugnes. Tous les excès sont permis, qu’ils soient alimentaires ou vestimentaires. Ensuite, selon la tradition (peu suivie aujourd’hui), les chrétiens ne peuvent manger ni viande, ni œufs, ni beurre.
Mardi Gras clôt la période de carnaval débutée à l’Épiphanie et ouvre la période du carême. Le lendemain, le mercredi des Cendres, débute une période de jeûne de quarante jours jusqu’au jour de Pâques. Mais ce jour est encore plus symbolique à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane, aux États-Unis.
Mardi Gras, jour de découverte du territoire de la Nouvelle-Orléans
Enfin, pas tout à fait. Un Français, Cavelier de la Salle, découvre le territoire de la Nouvelle-Orléans en 1681. Puis une mission de colonisation débarque le 2 mars 1699, jour du Mardi Gras. Le chef de la mission, Le Moyne d’Iberville, baptise ce territoire « Pointe de Mardi Gras« .
« Mardi Gras », nom du carnaval de la Nouvelle-Orléans
La langue française a longtemps été pratiquée à la Nouvelle-Orléans. C’est ainsi qu’encore aujourd’hui, on parle de « Mardi Gras« , à la française pour mentionner le carnaval. Mais pour moi, on ne peut pas parler d’un seul carnaval à la Nouvelle-Orléans. Cette période festive a en fait deux visages.
Le « Mardi Gras » officiel, d’origine européenne
Les festivités du carnaval de la Nouvelle-Orléans sont bien sûr arrivées avec les Européens, plus précisément les Français puis les Espagnols, catholiques, latins, dont les descendants sont les Créoles. Lorsque la Louisiane devient définitivement américaine au début du XIXe siècle, le régime américain anglo-saxon, protestant et puritain, tente d’interdire ces festivités. Mais finalement il les légalise sous la pression de la population créole.
Jusque-là, les festivités consistaient en des bals, dans des théâtres ou dans les rues. Musiques et danses primaient. Ce sont finalement des étudiants anglo-saxons de retour de Paris qui organisent une première procession de chars pour le nouvel an. Mais cette première parade sera ensuite déplacé au Mardi Gras créole. Cette fête devient alors un point de convergence de deux communautés qui ne s’entendaient pas particulièrement.
De nos jours, 40 à 80 krewes (confréries) organisent au moins une parade au cours de la période de carnaval. Chaque parade comprend de 30 à 200 chars, ce qui la fait s’étendre sur plusieurs kilomètres. Les membres de chaque krewe sur les chars sont masqués, à l’exception du krewe zulu. Chez ce krewe, seuls les invités blancs ont le visage noirci au cirage. Leurs membres se reconnaissent à un œil cerclé de blanc ainsi que la bouche.
Chaque krewe possède son identité, sa source d’inspiration et ses règles pour en faire partie. Il n’y a pas de masque typique de la Nouvelle-Orléans comme on trouve à Venise. Par contre, il y a des couleurs symboliques : le vert, le violet et l’or (jaune-orange).
Pour moi, ce carnaval est une version européenne format XXL à l’américaine où la luxure est de mise en réponse à l’ordre puritain. Cette luxure est aussi un souvenir de la prostitution qui était une activité prospère. A l’origine, il était organisé par la classe aisée de la ville et lui a été longtemps réservé.
Le « Mardi Gras » Indian issu du métissage des opprimés
A côté de la version officielle, il y a la version afro-amérindienne. Elle porte l’héritage de l’esclavage des Africains et de la volonté d’acculturation des Amérindiens. Là, les krewes ont l’aspect et même parfois la réalité de gangs. Les « tribus » s’affrontent au cours de défilés dans une compétition de parures. Les costumes de plumes et de perles multicolores sont somptueux et énormes, pouvant peser jusqu’à 70kg, inspirés des Indiens des plaines.


Ces « tribus » sont organisées de manière guerrière, avec des éclaireurs, des porte-drapeaux, des gardes du corps, le chef. Les tribus et gangs rivaux se livraient jusqu’aux années 50 à des affrontements réels. Les rencontres se sont depuis ritualisées dans une compétition esthétique et totalement magique. Chaque participant va à la rencontre de son semblable dans la tribu rivale et joue son rôle traditionnel. Le porte-drapeau, l’éclaireur et finalement les chefs se font face, dans une danse ritualisée élaborée avec un mélange d’héritage africain et amérindien. Genoux fléchis, bras ouverts, ils se balancent, se déplacent selon un mouvement circulaire et se jugent.
Comme je l’écris dans mon premier article de cette série sur le carnaval, cette période festive permet de manifester une volonté de rébellion et de renversement du quotidien. Dans le cas du Mardi Gras Indian, il permet aussi de modeler une identité et de la révéler dans une création d’œuvres qui font rayonner l’esprit d’une culture, les esprits du monde environnant et la puissance des ancêtres.